Baptiste Debombourg – Matière noire


14.10.2015 #ART #ÉTUDIANTS #EXPOSITION #STRASBOURG

La « matière noire » est une expression aussi suggestive que sa nature est problématique. Déduite de l’effet gravitationnel qu’elle semble exercer sur la matière visible dans l’Univers, dont elle constitue au moins un quart, la « matière sombre » ne peut faire l’objet que d’hypothèses. Ce sont les mystères et nécessités de cette méconnue du cosmos que Baptiste Debombourg injecte dans son installation de La Chaufferie : un amas immersif de verre noir, ponctué d’un masque.

Un feuilletage obscur s’écoule par paliers comme une mer galactique où la brisure fait écume. Le traitement matériel du monochrome noir convie en l’oeuvre un statut au moins double, sculptural et pictural, et accroît les questions qu’elle prend en charge : cadre, plan, lignes de fuite, surfaces, volume, reflets, posture du spectateur, invité à marcher sur sa surface accidentée, que chaque pas fait crisser. La dimension sonore dont l’oeuvre se revêt alors est l’un des pans de sa nature phénoménologique : une oeuvre à vivre, autant qu’à voir. Une oeuvre au noir, expérience de séparation de la substance autant « qu’épreuves » symboliques « de l’esprit se libérant des routines et des préjugés 1 ».

C’est en traversant l’installation que se révèlent ces préjugés de surface, ou visions douteuses, que son aspect de miroir engendre. Le basculement de la pièce, induit par la forme quasi totémique, blanche, du mur – morceau résiduel de l’état originel de la salle –, accentue le caractère instable du reflet. Les brisures sont les conditions des angles, qui déconditionnent le corps : sa posture devient critique. Le masque installé là où l’écoulement s’interrompt reproduit indéfiniment ce simulacre par diffraction du verre, et renvoie à celui qui s’y aperçoit une image mouvementée d’apparition et de disparition. « Le reflet est une présence qui n’a pas (de) lieu 2 ».

Plutôt qu’un non-lieu, il est un site au caractère indéfini, espace révélé par le temps
de déambulation, espace-temps à l’aura spéculaire. Sous le glacis du verre, sa plainte quand on le foule, germent des images où ciel et sol se confondent, en un « univers réversible 3 ». Il s’agit là des restes et conséquences d’un événement : compression extrême – à l’origine du diamant et du charbon – ou évaporation spatiale. L’on hésite entre expansion et réduction de cette matière noire, source d’un mysticisme auquel son matérialisme pourrait contrevenir. C’est l’un des effets secondaires de ce noir, profond de densité et d’enfouissement : être au-delà, « outre »… « Outrenoir pour dire : au-delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir », « noir qui, cessant de l’être, devient émetteur de clarté, de lumière secrète », « un champ mental autre que celui du noir.

Audrey Teichmann, commissaire d’exposition

Exposition Matière noire visible du 2 octobre au 15 novembre à La Chaufferie : ouverte du vendredi au dimanche, de 14 h à 18h et sur rendez-vous.

Voir toutes les photos de l’exposition sur le Flickr de l’école.

HEAR – La Chaufferie
5 rue de la Manufacture des Tabacs
Strasbourg