Biennale de Saint-Etienne 2017 : les mutations du travail

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9.11.2016 #WORKING PROMESSE #DESIGN #DESIGN TEXTILE #ETUDIANTS #MULHOUSE #STRASBOURG

Cette année les départements Design Process et Design Textile de la Hear développent deux projets sur la thématique proposée par la Biennale de Saint-Etienne, « les mutations du travail ». Les deux projets sont menés par des étudiants de 4ème et 5ème année.

Design Textile conçoit un projet autour du vêtement de travail en collaboration avec l’ENSISA, École nationale supérieure d’ingénieurs Sud Alsace et le lycée Rebberg.
Le sujet s’envisage comme une démarche de réflexion et de projection où se conjuguent dessin & dessein, de l’ergonomie à l’utopie.
Vêtement de travail panoplie, fonctionnel, protecteur, innovant, connecté, narratif, «roudou-dou comme la maison», anti-conventionnel, académique sont autant de thèmes qui pourront être abordés.
Comment le vêtement dans sa conception peut-il impacter notre relation au travail et quels peuvent en être les conséquences sur le rapport au contexte et aux usagers ?
Quels en sont les signes qui renvoient à la recherche de sens ?
Comment le vêtement reflète l’identité d’une culture d’entreprise ou individuelle, comment son design interagit et transforme notre relation à l’autre ?
Quand une fabrique d’idée comme une école d’art rencontre une fabrique industrielle, cela donne une série de prototypes, les étudiants de design textile vont s’y employer en explorant les potentialités d’entreprises qui fabriquent des vêtement de travail localement en Alsace en collaboration avec le Lycée Rebberg de Mulhouse, labellisé Lycée des Métiers en 2012, établissement public de formation professionnelle et l’ENSISA.
Enseignante référente : Christelle Le Déan, designer textile enseignante à la Hear.

Design Process mène ce projet collaboratif avec des étudiants de l’institut de l’université de Strasbourg et ceci en partenariat avec le site alsacien de l’entreprise ALE International.
Les étudiants de design process et d’ethnologie se rencontrent pour analyser et projeter ensemble sur le thème « mutations du travail » au travers d’un exemple concret, à savoir, l’entreprise Ale International. Les étudiants analysent et réfléchissent à l’impact de la méthode AGILE qui a révolutionné la manière de travailler des équipes d’ALE International. Ce projet est une sorte de reportage au sein de l’entreprise ALE International.
L’intégration de la méthode Agile a développé des nouvelles pratiques de communication et donc de travail au sein des équipes de ALE International. Ces pratiques sont intéressantes au regard de des outils de communications virtuels et numériques de haute complexité produits par ALE International. Il s’agit ici de questionner la hiérarchie au travail et les outils de collaboration au sein d’équipes qui travaillent en créant leurs propres règles.
Les mots clés de cette mutation sont méthode de travail, hiérarchie horizontale, partage des données, responsabilité commune.

Le projet se concentre sur la salle de réunion qui est l’un des espaces de travail emblématique des us et coutumes réinventées par la méthode Agile, chez ALE International. Les réunions ne se déroulent pas toutes dans des espaces clairement délimités ; celles-ci se déroulent dans les espaces de transitions. Pourtant ces moments d’échanges entre salariés au sein d’équipes sont très protocolaires, les équipes ont inventés leurs propres outils de communications qui sont des tableurs « bricolés », une horloge ou minuteur, un ballon, etc… Les questions d’échanges, de dialogues, de traces, de restitution, d’interactions, et d’usages sont au cœur de ce projet.
Enseignante référente : Nathalia Moutinho, designer enseignante à la Hear & Lisa Renard, ethnologue enseignante à l’institut d’ethnologie.

Ces deux projets seront présentés à la Biennale de Saint Etienne du 9 mars – 9 avril 2017.

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SÉMINAIRES

Autour de la thématique proposée par la Biennale de Saint Etienne, Working promesse, le département design de la Haute école des arts du Rhin organise sur le site de Mulhouse un séminaire sur le thème des mutations au travail en lien avec les projets des étudiants 4 journées de conférence.

  • Jeudi 13 octobre 2016
    La thématique de la porosité de langage entre l’art et la sociologie face aux mutations du monde du travail est traitée par Charles Stoessel, docteur en sociologie du travail et Serge Lhermitte, artiste.
  • Jeudi 24 novembre 2016
    Les questions « Quelles nouvelles synergies pour le travail ? Artistes, designers, créatifs… » seront débattues par Dominique Leguay, docteur en sémiologie, fondatrice de l’agence Alchimie, et Stéphane Bossuet, directeur de Artenréel, coopérative d’activité et d’emploi pour les métiers artistiques et culturels.
  • Jeudi 15 décembre 2016
    La thématique du vêtement de travail, son contexte, et sa mise hors contexte sera présentée par un représentant de la marque de vêtement G-STAR, et par Raphaël Helle, photographe documentaire.
  • Jeudi 9 février 2017
    Pour clore ce séminaire, un débat sera mené autour des « promesses et menaces : du chantier au sale boulot, quelques équivoques au travail » par Julien Brygo et Olivier Cyran, écrivains accompagné de Bruno Muel est réalisateur.

Début des conférence à 9h30, entrée libre.
Adresse : 3 quai des pêcheurs à Mulhouse

Séminaire du jeudi 13 octobre 2016

La thématique de la porosité de langage entre l’art et la sociologie face aux mutations du monde du travail est traitée par Charles Stoessel, docteur en sociologie du travail et Serge Lhermitte, artiste.

Charles Stoessel a présenté le travail de sociologue au sein d’entreprises en tant qu’intervenant qui « met les mains dans le cambouis », et qui réalise un travail de commande tout en étant impliqué dans la transformation de l’environnement du travail. Charles Stoessel a évoqué les questions d’ergonomie et de sociologie au sein d’entreprise à travers des exemples dans le monde hospitalier et dans celui de l’hôtellerie.

+La méthode du design thinking est évoquée : processus d’innovation centré sur l’utilisateur, et axé sur l’observation. Le design thinking est proposé comme un outil permettant de trouver des solutions tout en étant itératif avec l’usager en vue d’améliorer une situation d’usage. Si cette méthode fait référence au design, elle reste toutefois un outil de conduite du changement, et ne doit pas nous faire oublier qu’elle vise à faire adhérer les salariés aux objectifs de l’organisation. Elle est une nouvelle manière de réaliser un objectif ancien, faire participer les salariés à l’organisation de l’entreprise.

Toutefois, il n’est pas si aisé de gérer le paradoxe et le conflit en entreprise nous dit il, autour des débats de pouvoir, de profits et de production. L’exemple de la ressource rare, celle du « temps du grand patron » qui génère autour de lui une danse de comportements pour accéder à cette ressource. La secrétaire ne semble pas importante d’un point de vue organigramme, mais bénéficie d’un pouvoir social très important. La réalité du travail ne correspond donc peut être pas aux théories et aux stratégies écrites car tout repose sur la relation humaine. Le rôle du sociologue est là pour décortiquer comment les gens agissent, nous dit Charles Stoessel.

La rencontre entre le monde du designer et du sociologue se situe autour de « l’observation des usages pour trouver des solutions à des problématiques énoncées et pour concevoir des produits »

Charles Stoessel nous présente des exemples de démarche de design thinking et nous évoquons notamment le LEGO Serious @play qui est un outil de dialogue au sein de l’entreprise. Ce type d’outils semble intéressant pour aider au développement de la créativité des salariés mais il est important que les intervenants conservent une forme d’autonomie dans la méthodologie d’intervention.

Serge Lhermitte a exposé son travail d’artiste, en s’appuyant sur quatre de ses séries. Toutes interrogent les différentes réorganisations du travail et leurs implications sur les hommes qui les subissent. Ces travaux sont une chambre d’écho des évolutions légales de l’organisation du travail : les 35 heures ; leurs débats et remises en cause, la réforme des retraites, l’auto-entreprenariat, et la loi El Khomri sont les différents décors des réflexions artistiques de Serge Lhermitte.

Serge Lhermitte a fait référence aux photographies d’Arnold Odermatt, qui toute sa vie active fut policier en Suisse. Ce dernier utilise la photographie comme support de mémoire tant dans son métier que dans sa vie personnelle. Ce travail nous interroge sur le statut de la photographie comme un outil de reportage et/ou comme œuvre dans le cadre d’un corpus faisant sens. Cette question de la limite entre la vie privée et la vie travaillée est au cœur du travail de Serge Lhermitte, positionnant l’Homme comme l’articulation clé du débat. Le projet « Et dieu créa la T.P.E, à la faveur d’une conjoncture plus porteuse », évoque également cette limite entre le travailleur seul et son intégration dans la société. Serge Lhermitte nous donne à voir tous ces véhicules blancs qui en tout début de journée traquent l’espace public pour se poser et devenir des lieux de travail. La camionnette devient donc aujourd’hui non seulement le symbole d’un travailleur précaire sans lieu fixe mais révèle aussi une atomisation du tissu salarial, montrant ces ex-salariés cherchant un nouvel eldorado sur ces places de parking. L’œuvre est ici à géométrie variable et donne à comprendre cette normalisation du travailleur non salarié réduit ici à sa plus simple structure : une coque fragile, qui ne porte, pas plus qu’elle ne protège, le salarié.

Ces questionnements tant sur la fragilisation des statuts des salariés, leurs conditions d’accès à l’emploi ou des conditions même du travail ont été évoqués au travers des « lettres de non motivation » de Julien Prévieux et de la série « Gruman » d’Alain Bernardini.

Bibliographie intervenants – 13 octobre 2016