Un vingtième. Une exposition imprimée de Yann Sérandour par huit étudiants de la HEAR.

22.03.2016 #EXPOSITION #ÉTUDIANTS #COMMUNICATION GRAPHIQUE #ART-OBJET #SCÉNOGRAPHIE #STRASBOURG #PARTENAIRES

Un vingtième : une exposition à La Chaufferie, du 1er avril au 1er mai, fruit d’un workshop conduit par Yann Sérandour avec huit étudiants des options Communication graphique, Art-Objet (Livre) et Scénographie de la HEAR. Dans son travail, Yann Sérandour (né en 1974 à Vannes) réinterprète et remet en circulation des œuvres existantes et des documents imprimés. Il a invité les étudiants à réaliser une exposition et une publication à partir de reproductions de son travail. A travers une interview, l’artiste nous fournit des éléments sur son travail qui interroge la notion de transmission.

Pourquoi cet engouement pour le livre à vos débuts ? Étiez-vous un rat de bibliothèque avant d’être artiste ?
Un lecteur assurément, doublé d’un amateur de livres. Le point de départ de mon travail est en effet l’espace de la bibliothèque. Mes premiers projets prenaient la forme d’interventions dans les marges de livres déjà publiés : notes, suppléments, errata… Je partais principalement d’ouvrages diffusant l’histoire de l’art, notamment celle de l’art conceptuel. Il s’agissait de remettre en circulation des artistes iconiques comme Ed Ruscha ou Lawrence Weiner dont les œuvres appellent à la lecture et à l’interprétation.

Vous avez débuté votre carrière artistique en partant des “marges”, au propre comme au figuré… 
Exactement, “j’augmentais” des publications en y insérant de nouveaux éléments, questionnant la place de l’auteur. Depuis, je me suis un peu éloigné de cette histoire patronymique, m’intéressant à des sujets aussi divers et anonymes que la mode de la culture domestique des cactus ou le suminagashi, une technique ancestrale de papier marbré au Japon. Ces sujets variés ont pour point commun d’interroger d’une manière élargie les phénomènes d’apprentissage et de dispersion. Pour créer la série World Mirrors, je suis parti d’un ouvrage publié par Sotheby’s reproduisant des miroirs anciens. On n’y voit jamais le reflet du photographe ou du décor. L’effacement du contexte dans lequel ils ont été prélevés m’a fasciné. Je les ai réimprimés sur des plaques d’aluminium brossé à l’échelle 1, m’aidant des légendes du catalogue avant de les remettre en circulation en tant qu’œuvres.

La reproduction, la traduction, le détournement et la “transmission” sont également au centre du workshop proposé aux étudiants de la HEAR…
La transmission à des étudiants d’une autre génération me semble essentielle : comment retransmettre un travail à d’autres ? Quelle perception en ont-ils ? Ils sont partis d’une photo de presse montrant une foire-expo de cactus à Denver en 1980 – ayant notamment servi de point de départ à mon œuvre Cactus Show & Sale – et d’autres reproductions liées à ce travail glanées sur Internet. Aucune de mes œuvres ne sera présentée physiquement : leur proposition est construite à partir de documents trouvés et réimprimés. C’est une remise en circulation de certaines images, jouant sur les cadrages, les points de vue, les échelles – l’exposition se nomme Un vingtième. Les étudiants ont conçu conjointement une exposition et un livre qui n’est pas un produit dérivé de l’expo mais son modèle réduit.

Comment accompagner les étudiants tout en laissant libre cours à leur lecture de votre travail, vous qui manifestez un intérêt pour les erreurs d’interprétation ? 
L’erreur est inhérente à toute opération de traduction. Le champ d’interprétation est large. Au cours d’une conférence donnée avant le workshop, les étudiants ont pu voir à quel point les erreurs de transmission sont le moteur de mon travail…En contrepoint à cette dimension hasardeuse, Jérôme Saint-Loubert Bié et moi leur avons présenté des publications de graphistes ou d’artistes qui pouvaient alimenter leur réflexion sur les liens possibles entre publication et exposition.

Propos recueillis par Emmanuel Dosda / agence BKN.

Avec les étudiants : Marine Bigourie, Zelda Colombo, Mathilde Cordier, Pricilla Degardin, Angéline Girard, Quentin Juhel, Antoine Langé et Alix Sanchez.

Coordination : Jérôme Saint-Loubert Bié.
En partenariat avec SENFA.

Exposition du 1er avril au 1er mai 2016. Vernissage jeudi 31 mars à 18h30.
La Chaufferie, 5 rue de la Manufacture des Tabacs, 67000 Strasbourg.
Ouverture de la galerie de 14h à 18h du vendredi au dimanche.

Visuel : L’album Un vingtième dans la maquette de la Chaufferie au 1/20.