Hanspeter Kyburz – Se confronter à l’autre


26.10.15 #CONCERT #ÉTUDIANTS #MUSIQUE #PARTENAIRES #STRASBOURG

Cette première édition de l’Académie de composition de Philippe Manoury – festival Musica, a connu un grand succès, avec près de 70 jeunes créateurs candidats. Dix ont été sélectionnés pour travailler aux côtés des compositeurs Philippe Manoury, enseignant à la HEAR, et Hanspeter Kyburz, qui revient pour nous sur cette première expérience.

Que retenez-vous de cette expérience ?
Nous avons choisi dix compositeurs qui viennent du monde entier : Brésil, Chili, Japon ou Suède, même si leur background est différent, on a très vite pu dialoguer. Le bagage théorique est le même pour tous, même si le point de vue esthétique est différent. À travers l’Académie j’ai compris l’intérêt de la théorie traditionnelle : elle aide à se rencontrer. D’ailleurs, je ne sais pas si le fait de choisir un compositeur à l’issue de l’Académie soit une finalité en soi: c’est l’ouverture, le processus qui est important, le fait de pousser les jeunes compositeurs au dialogue pour les provoquer, pour qu’ils se critiquent eux-mêmes. L’essentiel est toujours de confronter la création à l’autre.

À quel point le fait de côtoyer de jeunes compositeurs vous influence-t-il ?
Je dirai plutôt qu’il m’influence parfois. Ce sont des liens indirects. Je me souviens d’un étudiant à Berlin qui était très têtu : on ne pouvait pas avancer, il faisait ce qu’il voulait. À un moment, il a eu une crise profonde qui l’a empêché de composer. Il n’est jamais venu me voir, il a traité sa crise à bras-le-corps, il a cherché son propre chemin. Il a cherché sa propre individualité. À partir du moment où il s’est trouvé, après trois ans de conflit, on a pu écouter des pièces du répertoire. Il fallait qu’il se trouve pour se libérer. On retrouve ça dans la jeunesse, cette attitude m’impressionne beaucoup.

Par ailleurs, vous considérez que la musique est un objet libre, cela veut-il dire que selon vous un compositeur doit aussi travailler librement ?
Je suis convaincu qu’il faut travailler de manière libérée, ne pas s’astreindre à un cadre. Pour ma part, je suis toujours à la recherche d’une façon de travailler qui me permet de me libérer de ma condition, de ma propre conscience. Il faut pouvoir être assez libre pour laisser advenir la surprise. La musique, ce n’est pas une construction de références auxquelles on peut toujours se fier pour comprendre, c’est vrai pour la science mais pas pour l’art. La musique est un jeu entre la perturbation de la mémoire et la restructuration de l’attente, entre les deux, il faut surprendre. Autrefois, on ne faisait que rejouer les choses que l’on avait déjà découvertes, il était impossible de surprendre. À l’inverse, si on écoute que des choses auxquelles on ne s’attend pas, on perd l’orientation générale, on ne peut rien mémoriser, c’est le chaos. Ce doit être un équilibre dynamique : on stabilise et parfois, on brouille les pistes. Il faut organiser pour surprendre.

Est-ce important d’être proche de la création ?
Oui, évidemment parce que tout ça me rappelle ma propre jeunesse, ces moments où moi, j’ai appris. Et en même temps, on expérimente toujours. La maîtrise n’existe pas, on ne cesse de recommencer à zéro.

Par Cécile Becker
Lire un portrait complet d’Hanspeter Kyburtz sur le blog du festival Musica.

Quelques repères :
1960 : Naissance au Nigéria.
1982 : À Berlin, Hanspeter Kyburz étudie la composition mais aussi la musicologie, l’histoire de l’art ou la philosophie, notamment avec le charismatique Gösta Neuwirth.
1994 : Parution de Cells pour saxophone et ensemble
1996 : Prix d’encouragement de l’Académie des Arts de Berlin
1997 : Il devient professeur de composition à la Hochschule für Musik de Berlin
2001 : Noesis, oeuvre où l’écriture intuitive et la forme ouverte priment
2011 : OYTIΣ, Kyburz mêle la danse à la musique

Visuel : © Guillaume Chauvin